Bovins dans un élevage
Le Syndrome Hémolytique et Urémique (SHU) chez les bovins est une urgence vétérinaire majeure. Caractérisé par une anémie hémolytique microangiopathique, une thrombopénie et une insuffisance rénale aiguë, cette affection nécessite une prise en charge rapide et rigoureuse.
Étiologie
Le SHU bovin est principalement associé à l'ingestion de toxines de type Shiga (Stx) produites par certaines souches d'Escherichia coli (STEC). D'autres causes incluent :
- Intoxications par les plantes (chénopodes, Rumex)
- Médicaments néphrotoxiques (aminosides, NSAID en surdosage)
- Infections bactériennes secondaires (Salmonella, Leptospira)
- Contamination de l'eau ou de l'alimentation
Signes Cliniques
L'évolution est souvent aiguë à suraiguë :
- Phase précoce : abattement, anorexie, fièvre modérée, baisse de la production laitière
- Phase hémolytique : muqueuses pâles puis ictériques, hémoglobinurie (urines rouge-brun), tachycardie, dyspnée
- Phase rénale : oligurie puis anurie, œdèmes, urémie croissante
- Signes hémorragiques : pétéchies sur les muqueuses, épistaxis, mélæna
Diagnostic
Examens de laboratoire
- Hématologie : anémie régénérative (PCV souvent < 15%), schizocytes sur le frottis, thrombopénie marquée
- Biochimie : urée et créatinine élevées, hyperkaliémie, hyperphosphorémie, hypocalcémie
- Uranalyse : hémoglobinurie sans hématurie, protéinurie, cylindres granuleux
- Bactériologie : coproculture avec recherche de STEC, sérotypage des souches isolées
Examens complémentaires
- Échographie rénale : reins hypertrophiques, hyperrénaux avec perte de la différenciation cortico-médullaire
- Nécropsie (en cas de décès) : lésions de néphrose tubulaire aiguë, infarcts rénaux
Traitement
Le traitement est symptomatique et intensif. Le pronostic reste réservé :
Mesures d'urgence
- Perfusion intraveineuse : cristalloïdes isotoniques (Ringer lactate) avec contrôle strict du débit pour éviter la surcharge hydrosodée
- Transfusion sanguine : si PCV < 12% ou signes d'hypoxie tissulaire (sang total ou concentré globulaire d'un donneur compatible)
- Diurétiques : furosémide (2-5 mg/kg IV) si oligurie persistante malgré la réhydratation
Traitement de fond
- Antibiothérapie : enrofloxacine (5 mg/kg/jour) ou ceftiofur (1-2 mg/kg/jour) pour limiter la prolifération bactérienne (attention : certains antibiotiques peuvent aggraver la libération de toxines)
- Corticostéroïdes : dexaméthasone (0.1-0.2 mg/kg IV) pour lutter contre le choc et l'inflammation
- Chélateurs de phosphore : aluminium hydroxyde si hyperphosphorémie sévère
Soins de support
- Alimentation entérale ou parentérale adaptée
- Surveillance du diurèse horaire
- Contrôle biologique quotidien (PCV, urée, créatinine, ionogramme)
- Isolement de l'animal atteint
Prévention
- Hygiène alimentaire : contrôle de la qualité des fourrages et de l'eau d'abreuvement
- Vaccination : pas de vaccin spécifique disponible actuellement, mais la vaccination contre les entérites bactériennes réduit les facteurs de risque
- Gestion du cheptel : évitement du surpâturage, rotation des pâtures, contrôle des adventices toxiques
- Biosécurité : quarantaine des animaux nouvellement introduits, nettoyage et désinfection réguliers des abreuvoirs et mangeoires
- Surveillance : analyses régulières de l'eau et des aliments, dépistage bactériologique périodique
Conclusion
Le SHU bovin est une affection grave dont le pronostic dépend de la précocité de la prise en charge. La prévention repose avant tout sur une gestion rigoureuse de l'alimentation et de l'hygiène au sein de l'élevage. Tout éleveur confronté à des signes d'hémoglobinurie ou d'anémie rapide chez ses bovins doit contacter immédiatement son vétérinaire.
Cet article est fourni à titre informatif. Consultez toujours votre vétérinaire pour un diagnostic et un traitement adaptés.
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